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Rencontre avec Olivier Chauvignat

Chaque mois, Zakary BELAMY va à la rencontre d'un photographe professionnel pour nous faire partager ses expériences et ses rencontres.

Ce mois-ci Zakary nous présente Olivier Chauvignat, un brillant photographe portraitiste spécialisé dans la photo de mode et de beauté.

En plus de ses nombreuses contributions sur des forums internet photo, Olivier offre également des formations sur cette photographie tant prisée par les amateurs et les pros.

Sa démarche est très intéressante d'autant qu'il n'existe pas ou peu de livre sur ce sujet. Entretien avec un spécialiste qui nous dit tout...enfin presque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Repères

Nom : Chauvignat
Prénom : Olivier
Age : 47
Ville : Paris
Statut : Photographe et formateur
Spécialité : Mode et Beauté
Matériel prise de vue : Canon et Hasselblad
Flashes de studio : Profoto
Environnement : Mac
Logiciels habituels : Lightroom et Photoshop
Site web : www.olivier-chauvignat.com

 

Information:

Olivier Chauvignat organise des stages photos ouverts au public.

Pour en savoir plus, rendez vous sur summer.peopleandbeauty.com

 

L'interview

 

  • Depuis combien d'années es-tu photographe et comment l'es-tu devenu ?

Depuis 1972. Je le suis devenu en m'intéressant à la photo et en regardant sur Chasseur d'Images (alors naissant) et dans d'autres magazines, des photographes comme David Hamilton, Cheyco Leidmann, etc

 

  • Quelle est ta spécialité et tes principaux clients ou secteurs à qui tu vends tes photos et tes services ?

La beauté au sens large : cosmétiques, cosmétiques cheveux (l'Oréal professionnel), bijoux sur corps (Redline, Cruselita), accessoires de mode, lingerie, etc. Et bien sur les magazines

 

  • Comment travailles-tu avec tes modèles et qu'elles en sont les différentes étapes pour obtenir de superbes portraits ?

Je préfère travailler avec des filles que je connais, par simple affinité. Mais étant donné que j'ai des centaines de milliers de portraits derrière moi, j'arrive à obtenir en général ce que je veux.

Toutes les étapes sont importantes, depuis le maquillage jusqu'au développement numérique en passant par la mise en lumière et la prise de vues.

Le (bon) rapport modèle/photographe est primordial

 

  • Question matériel : parles nous de tes choix : boitiers, objectifs, flashes de studio, logiciels. Pourquoi restes-tu fidèle à ces marques ?

J'ai un Canon EOS 5D avec un 24-70 2,8 L (qui me sert assez peu), un 100 Macro 2,8 pour les gros plans objets (bijoux) ou parties du corps (détails maquillage, etc) et le sublime 135 2,0 L qui est mon objectif principal en 24x36.

En Moyen Format, j'utilise le Hasselblad H3D II - 22 mpix, avec les 50, 80, 120 Macro et 210 qui sont des focales équivalentes à ce que j'utilise en 24x36.

J'utilise ces matériels car je les considère comme les meilleurs dans leur secteur, le Moyen Format restant très largement supérieur au 24x36.

Pour la lumière j'utilise les flashes Profoto, qui sont un must en éclairage pour la photo de mode et de beauté

 

  • Comment gères-tu le problème de la sauvegarde de tes photos à l'heure du tout numérique ? Qui n'a pas peur un jour de tout perdre ?

Je fais de l'informatique depuis 84 et je possède encore certains fichiers datant de cette époque. Mes photos son stockées dans les disques durs internes de mon mac (1,75 To).

Je les sauvegarde sur des disques durs externes que je démarre tous les jours pour la sauvegarde.

En cas de problème de l'un des deux disques durs (le master ou sa copie) je remplace immédiatement et je restaure les données.

Le soir, les sauvegardes sont mises au coffre ignifugé (anti vol donc, et anti feu). Lorsque je pars en vacances, j'emmène mes disques de sauvegarde avec moi.

Il n'est pas impossible que j'envisage une triple sauvegarde, afin de mettre un 3eme jeu de disques « hors-site »

 

  • Comment diffuses-tu tes images car je présume qu'une fois vendues, tu peux les vendre à nouveau à d'autres clients ?

Tout dépend du type d'image et de son contenu. Il peut y avoir ou non exclusivité.

Certaines images sont vendues à la prise de vues (le client paye le shooting ET les droits) ou après avoir été shootées, si elles sont réutilisables (le client paie les droits).

Et on peut aussi vendre des tirages numérotés à des particuliers.

 

  • Ces dernières années, la photographie à connu de grands bouleversements tant à cause du numérique que de la restructuration des agences et de la multiplication des banques d'images sans compter l'arrivée des amateurs ? Comment as-tu traversé cette période ?

Je ne suis pas concerné par les amateurs, car ce type d'images ne peut être réalisé par des amateurs (un peu comme la photo d'automobiles ou de culinaire). Le numérique a facilité et accéléré le travail.

Je ne suis pas concerné par les banques d'images, car lorsque les gens veulent des photos, ils veulent qu'elles portent mon style (enfin, c'est tout du moins ce que j'ai constaté)

 

  • Comment suis-tu l'évolution des technologies et te sens-tu parfois largué ? boitier, objectifs, logiciels, ordinateurs, Mac/PC/Linus, système de sauvegarde, internet, server FTP etc...

Je ne m'intéresse qu'à ce qui va me servir à travailler. Par exemple je travaille sur Mac (après 10 ans de Mac, puis 10 ans de PC) car le Mac est un outil de productivité uniquement destiné à travailler (et non à faire de l'informatique ou à se battre avec les bugs et les virus). Depuis que je suis revenu au Mac, c'est le Paradis :)

 

  • Avec l'avènement du numérique, tes investissements photo, ta manière travailler, les coûts et temps de production ont-ils changé ?

Je ne faisais pas de photo professionnelle avant le numérique. Et je n'avais aucun investissement, si ce n'est des vieux boitiers argentiques

En numérique, j'ai commencé par un boitier EOS10D et des flashes Profoto de base, avec lesquels j'ai fait mes premiers boulots. Puis je suis progressivement arrivé au matériel actuel qui va très peu varier. Il sera simplement renouvelé au fur et à mesure des amortissements : Informatique Macintosh, 35 mm numérique Canon (EOS 5D), Moyen Format Hasselblad (H3D II - 22) et flashes autonomes et accessoires Profoto (ProB2/R, Acute B600/R). Le travail est très rapide en numérique, d'autant plus que je ne retouche que très peu, la photo étant quasi terminée une fois développée dans LightRoom. Je peux ainsi livrer très rapidement et passer à autre chose. Les coûts sont largement amortis si l'on investit uniquement en fonction du potentiel de l'achat, et non sur un coup de coeur, ou sous l'effet de la mode.

 

  • Qu'est ce que les logiciels de retouche t'on apporté par rapport à l'époque argentique où il fallait que la photo soit bonne du 1er coup ?


La photo bonne du premier coup est un mythe; ca existait encore moins en argentique qu'en numérique. Je retouche très très peu. Je passe 5 minutes en moyenne par photo. Cela dépend de la photo. Les grands photographes en argentique avaient des Tireurs et des Retoucheurs qui bossaient avec eux. Il s'agit donc bel et bien d'un mythe...

Une photo argentique n'existait pas sans tireur, pas plus qu'une photo numérique n'existe sans un excellent développement RAW. Je ne travaille jamais en JPG, car si un ordinateur (celui qui est intégré à l'appareil photo) savait faire des photos comme un humain, ca se saurait. D'ailleurs un Hasselblad ne délivre carrément pas de fichiers JPG. Ca n'est pas par hasard. Donc je développe moi même ma photo numériquement, comme l'aurait fait un tireur en argentique, avec l'excellent logiciel Adobe LightRoom.


En ce qui concerne ma manière de travailler actuelle, je pars du principe que la photo doit être terminée à 95% lorsque le développement RAW est accompli. Et pour avoir un bon développement RAW, il faut un très bon fichier a la prise de vues...

En bref, je travaille comme en argentique : chaque étape doit être réalisée à 100% et aucune étape ultérieure ne rattrapera les bêtises faites à une ou plusieurs étapes précédentes. Le recadrage par exemple, doit représenter 1% de mes prises de vues. 30 ans de Diapo, ca apprend à cadrer dès la prise de vues :-)

 

  • Cela fait 36 années que tu es photographe, as-tu connu des périodes difficiles et pourquoi ? Comment as-tu rebondit ?


Non, pas de difficulté particulière. Simplement beaucoup de travail. On ne peut pas faire de la photo pro à raison de 35 heures par semaine; ca serait plutôt 90...

 

  • On sait aujourd'hui que le talent ne suffit plus pour vivre de la photo, que conseilles-tu d'autre aux jeunes photographes qui souhaitent en faire leur métier ?


90% des gens que je vois sur les forums ne sont pas des photographes, mais des opérateurs de matériel photographique. Ils n'ont pas la moindre idée du début du démarrage de l'amorce de ce qu'est la photographie. Ils ne savent pas ce qu'est un photographe. Ils font de l'acquisition numérique...

Le premier conseil et probablement le plus important qu'il soit, c'est de passer plusieurs dizaines de minutes chaque jour à regarder les photos des grands photographes. Celui qui fait ça deviendra probablement photographe.

On peut avoir un très haut niveau technique en photographie, celui-ci ne pourra jamais dépasser ce que la photographie communique... Et apprendre à communiquer avec un appareil photo ne s'apprend pas dans les notices techniques.

Ensuite, pour la mode et la beauté, le contenu du carnet d'adresses est aussi (plus ?) important que le niveau en photo et les qualités artistiques.

Il faut donc être capable de nouer des relations, ne pas être timide, être bon en Relations Publiques, en Commercial, respecter les autres, avoir de bonnes notions de la politesse et de la bienséance, « étudier ses dossiers » (savoir qui est la personne à qui l'on s'adresse), avoir une bonne culture en Mode et en beauté, savoir qui sont les dirigeants des entreprises du Luxe, en bref, connaître son sujet bien au delà de la technique et l'art photographiques.

 

  • Réalises-tu des travaux personnels et en quoi sont-ils différents de tes photos commerciales ?

Je fais simplement des photographies. Tous mes travaux sont personnels.

 

  • Tu es également formateur pour photographes, peux-tu expliquer ?

Je forme des photographes amateurs et professionnels, et je suis d'ailleurs centre de formation agréé (http://www.peopleandbeauty.com).

Je leur donne les techniques de base pour parvenir immédiatement à un résultat, sur des techniques assez pointues comme la photo de beauté, le high-key, le low-key, le flash de studio utilisé en plein jour en mode et beauté. Je ne suis pas effrayé sur le fait de « partager mes secrets », probablement parce qu'il n'y a rien de secret...

A ce sujet d'ailleurs, j'organise un stage d'été à St Tropez la dernière semaine de Juin : photographier des mannequins dans un décor idyllique est non seulement un rêve, mais peut aussi s'apprendre :)

L'avantage de ce genre de stages, c'est que les stagiaires sont sûrs de repartir avec des photos d'exception et la certitude d'être capable de le refaire ensuite. J'ai formé environ 200 stagiaires depuis 4 ans...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lien pour les stages d'Olivier Chauvignat :http://summer.peopleandbeauty.com/