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Régulièrement, Zakary BELAMY va à la rencontre d'un photographe professionnel pour nous faire partager ses expériences et ses rencontres.
Aujourd'hui Zakary nous présente Fredéric Reglain, photographe reporter et ancien membre de la célèbre agence GAMMA. Ce passionné de cinéma en tout genre, de littérature et aussi collectionneur de beaux livres photos, nous parle de sa carrière, de ses débuts, des bouleversements de ces dernières années dans son métier.
Rencontre avec ce grand costaud à l'humeur imperturbable et d'une grande générosité.
Nom : Reglain
Prénom :Frédéric
Age : 47 ans
Ville : Paris 15ème
Statut : Photographe de presse et reporter indépendant
Spécialité : reportage : social, politique, paysage, personnalité, voyage, showbiz
Matériel photo : Canon EOS 1D Mark III et EOS 5D
Objectifs : Zooms 24-70mm/2.8, 70-200mm/2.8,16-35/2.8 L USM, 300mm/2.8
Autres accessoires : Flash Canon 550EX et 580EX, flashes studio BRONCOLOR portable
Environnement : Mac
Logiciels habituels : Photoshop & CameraRaw, PhotoStation
Site web : http://www.fedephoto.com
ATTENTION : Frédéric Reglain à un homonyme qui porte absolument le même nom que lui mais qui est spécialisé dans la photo de mariage et de paysage.

J'ai commencé à l'Agence Imapress où j'ai eu ma carte de Presse en 1981, soit 27 ans de métier. La photo était une passion depuis l'âge de 15 ans, je suis parti en Californie en 1979 pour essayer de trouver du travail là-bas, en vain, ne connaissant rien au métier.
Après m'être fait réformer du Service Militaire, j'ai travaillé un peu pour le Figaro Magazine, l'Agence Sipa, et ensuite je suis rentré à Imapress.
Puis en 1982 je suis rentré à l'Agence ANGELI ou j'ai fais 3 scoops, je suis resté 6 mois correspondant à Londres, puis sachant que le paparazzi n'était pas ma vocation, en 1984 lors d'un voyage en Pologne pour suivre le pape j'ai rencontré Alain Mingam, photographe à Gamma, qui est passé par la suite Rédacteur en Chef et m'a fait rentré à Gamma comme photographe pigiste au début puis Staff par la suite.
Ma spécialité c'est le Voyage, je diffuse mes photos à l'agence Fedephoto, et à l'Agence Opale pour les portraits d'écrivains, sans oublier les photos dites "d'entreprises". Je fais également une série de Villes pour le magazine "Grands Reportages".
Je la traverse toujours cette période, il est vrai que jamais les appareils de professionnels n'ont été aussi chers et jamais les prix des photos n'ont été aussi bas, il y a 20 ans les boitiers pros duraient 10 ans (Nikon F, F2, F3, F4) maintenant tous les ans un nouveau boitier arrive sur le marché plus le coté informatique et ses logiciels qui faut renouveler, avec les boitiers.
Tout cela est difficile comme je dis "Je fais un très beau métier, faut il pouvoir le pratiquer".C'est pour cela que je fais d'une façon consciente et réaliste de la photo "alimentaire".
Au début, aimant bien le nouveau, j'ai suivi mais maintenant je vais regarder à deux fois avant d'acheter quelques choses de nouveau surtout pour les boitiers, les optiques j'ai 3 très bons zooms, ce qui me convient très bien comme ça
Il est vrai qu'il faut à présent compter dans le traitement des photos au format RAW qui prend beaucoup de temps et donc occasionne des frais. Cela n'existait pas il y a quelques années. Par contre étant indépendant depuis 2004, je me réjouis grâce au numérique de ne plus à avoir à payer les films et les développements. Chaque technologie a ses avantages et ses défauts.
Avec le numérique, paradoxalement, on travaille bien plus vite et plus efficacement mais on passe un temps fou dans les retouches, la postproduction et l'envoi des fichiers. Sans compter que nous travaillons tous avec la peur au ventre de tout perdre avec nos disques durs du jour au lendemain.
J'ai surtout travaillé en diapos ou l'erreur n'était pas permise, c'était donc la meilleure école pour progresser en photo. Maintenant un coup de curseur et on peut corriger efficacement sa photo, plus voir sa photo à la prise de vues tout de suite vous permets de "tenter" des choses.
Ceci dit avec le numérique, les photographes n'apprennent plus l'art de chercher la bonne lumière, l'art de cadrer et l'art de réfléchir 2 fois avant de shooter. Ils pensent à Photoshop durant la prise de vue.
Pour moi après 27 ans j'ai l'impression que c'était difficile au début mais pour moi cela s'est fait assez vite, et maintenant en étant indépendant c'est un « deuxième départ», rien n'est facile vu l'état de notre métier, et tous les mois on repart à zéro.
C'est assez déstabilisant, il faut être optimisme et positif tout le temps, à l'affut de choses nouvelles, rien refuser.
Quand j'ai commencé on me disait c'est très dur tu y arriveras pas, maintenant c'est encore plus dur, mais c'est un métier de passions, il faut être courageux, travailleur, ne jamais renoncer, ne pas être avare de son temps, mais surtout essayer, car plus tard il ne faut pas avoir de regrets.

J'ai fais des couvertures de magazines, de livres et la dernière pochette du CD de Michel Petruccianni avant sa mort, ça tombait bien je suis un fou de Jazz, et une des photos de l'Année dans le supplément de LIFE (avec les funérailles du Roi du Népal).
Pour moi c'est une question d'éthique personnel, ce n'est pas très "sport" après on a sa fierté ou pas (Il faut mieux jeuner avec les aigles que picorer avec les poules), le photographe ne sera pas poursuivit, comme on disait avant "j'ai fais une plaque" (qui voulait dire « j'ai fait une photo exceptionnelle ») et donc on l'avait ou pas. Souvenez-vous de ce que disait H.C Bresson "le photographe est un chasseur, il vient, il tire et il repart".
Pour ma part il n'est pas dangereux, mais il faut avoir la forme physique pour des voyages de plusieurs semaines, mais personnellement j'adore ça.
Ray Charles chez lui en 1998 à Los Angeles puis que je l'ai suivi pendant une semaine en tournée à Phoenix en Arizona. J'ai également photographié des écrivains comme William Styron « Le choix de Sophie » ou encore le dessinateur Franquin (avant sa mort) qui ne voulait pas de photo et j'ai finalement décroché un RDV (la photo est maintenant derrière chaque album).
Etre allé en Corée du Nord pendant 2 semaines et faire des photos sous une fausse identité et un hasard : être là quand le roi du Népal est assassiné et pouvoir suivre tous les événements sur place, je connais bien ce pays et être dans son histoire pendant 3 jours pour moi était très intéressant.